En termes de collaboration, Miéville et Reeves, c’est aussi inattendu que bizarre, et en même temps c’est presque une évidence justement, en termes de personnages et de bizarrerie. Et cette évidence se ressent dès le début : une ambiance, un univers et un personnage à la fois parfaitement cohérents et magnifiquement bizarres. On imagine Keanu Reeves, et on sent la patte et l’ambiance de Miéville. Avec la même opacité. C’est une histoire d’immortel. Très très vieux, et qui ne sait pas pourquoi il l’est. Ce qui pourrait donner quelque chose de kitsch et facile, mais c’est Miéville qui écrit et il parvient à donner une crédibilité et une étrangeté au personnage que je trouve impressionnante. Et que le scénario vient largement amplifier et accompagner. C’est un dédale à travers des bouts de passé, des personnages complexes et aussi une vraie intrigue de fond, que je n’ai longtemps pas vraiment située et qui est pourtant très bien construite. Et au milieu de tout ça, plein de bizarre. Le personnage bien sûr, mais aussi un babiroussa immortel et vengeur… qui a d’ailleurs un rôle important, en plus d’être tellement étrange qu’il en est très drôle. C’est une lecture que j’ai beaucoup aimée, à tous points de vue, et que j’ai trouvé très dense, avec une impression de grande ampleur alors que ce n’est finalement pas si long. Un vrai succès pour mes goûts, et donc j’espère qu’il donnera lieu à d’autres collaborations de ce magnifique duo.