On dira ce qu’on veut, la BD, c’est un art qui se maîtrise. Et comme tout art, quand c’est maîtrisé, ça fait une sacrée différence. Les BD de Tripp ne font pas partie du tout venant. Parce qu’il maîtrise le dessin, mais aussi le sens du récit et la capacité à provoquer des émotions non pas en te les balançant en face, mais par la bande, par le détail chargé de sens, comme dans la vraie vie. Après avoir autobiographé avec talent sur sa vie sexuelle, il raconte son père. Et il y a de quoi raconter : c’est un gros volume et ce n’est pas usurpé. Il raconte son père, et bien sur leur relation, et la manière dont finalement il ne le connaît pas. L’auteur n’étant pas n’importe quel caractère, et son père non plus, il y a de quoi dire sur leurs relations, mais il y a aussi de quoi dire sur un parcours de vie, sur un passé de militant communiste (avec voyage d’enfance en Yougoslavie. Une vie, mais aussi une époque et en partie une génération, tout lié. C’est plein, c’est varié et c’est au final passionnant parce que c’est tellement bien construit et raconté. Brillant, vraiment, et superbement émouvant aussi. Que ce soit pour le talent de l’auteur, pour ce contexte ou pour la sensibilité, que de bonnes raisons de lire cette magnifique BD.