J’aime d’amour l’œuvre de China Miéville, en fiction, et plus je découvre l’auteur, son engagement politique et son érudition, plus j’aime China Miéville lui-même (ce qui est parfaitement cohérent). Outre qu’il a une thèse en économie politique, il est militant communiste avec une réflexion profonde et un bagage tout à fait impressionnant. Donc quand il propose un essai sur le Manifeste du Parti Communiste, il est extrêmement qualifié, au point que ça peut impressionner un peu. Je vais être honnête : oui, c’est pointu et impressionnant. En particulier sur le contexte d’écriture du manifeste et son analyse détaillée. Ce qui constitue une grosse moitié de l’ouvrage. Pour autant, c’est compréhensible, pour de vrai. Je ne prétendrais pas que c’est facile à lire et accessible sans bagage préalable, mais sans être pointu sur ce sujet, on s’en sort avec un bagage politique généraliste. Moi, ça m’a appris plein de choses et éclairé vraiment sur ce texte d’une importance historique majeure, qui plus est d’une manière très documentée et argumentée, au prix d’un certain effort mais sans douleur. La seconde moitié, après ces explications, est une discussion sur les faiblesses, les forces et les critiques faites au Manifeste. Et ce avec une acuité et une intelligence flagrante, en sus d’une connaissance affolante de ce qui a été discuté et écrit sur le sujet depuis un siècle. Cette partie-là m’a intéressé et a surtout réussi à m’enthousiasmer grandement puisqu’elle va vers : on en fait quoi, aujourd’hui, de ce manifeste et de ce projet ? Il se trouve que le projet communiste tel que China Miéville le pense et le synthétise dans le monde actuel me fait du bien, parce qu’il est vivant, pertinent, et puissant. Qu’on y souscrive ou pas, il fait du bien. Et il se construit ici autour d’une réflexion sur la place de la haine qui m’a franchement fait bouger. De la haine de classe, contre les structures et les place sociales, pas de la haine interpersonnelle, ce qui est une différence qui n’a pas fini, je crois, de me faire réfléchir. C’est donc un essai dans lequel j’ai trouvé ce que j’imaginais, de manière pointue et parfois ardue, mais aussi de l’inattendu et engageant, comme dans tout China Miéville, finalement…