La science-fiction allemande, je n’étais déjà pas complètement certain que ça existe, et je ne crois pas que j’avais essayé, c’était donc une occasion inattendue et bienvenue que la sortie de ce roman visiblement réputé en poche et en français. Une chose est certaine : je ne suis pas déçu. Et une autre également : c’est un roman qui se démarque dans le paysage de la science-fiction, tout à fait indépendamment de son origine germanophone. Il se démarque d’ailleurs autant dans son ambiance que dans sa forme. C’est une construction dans laquelle chaque partie change de narrateurice, et d’époque. Avec parfois des connexions très lâches, il ne s’agit pas juste de suivre le même fil narratif selon plusieurs points de vue, mais bien de raconter une histoire de très grande ampleur temporelle et spatiale avec de grands morceaux de puzzle. C’est tout à fait intriguant, et étonnant, et ça fonctionne vraiment bien. D’autant mieux que le propos de fond est tout à fait en cohérence avec ce format. On part d’une planète au fonctionnement très étrange, et franchement inquiétant, dans laquelle l’activité économique est structurée autour d’un artisanat traumatisant : chaque artisan consacre absolument toute sa vie à tisser un seul tissu de cheveu, constitué des cheveux de ses femmes et concubines, avec lesquelles il vit raisonnablement cloîtré. Ceci étant entouré de codes culturels morbides et sexistes. La question est : mais pourquoi ? Pourquoi ce fonctionnement horrible, et pourquoi à l’échelle de toute une planète ? Il faudra l’ensemble du livre pour y répondre, au fil de surprises très réussies, et non sans humour, même si le fond est plus une méditation sur le pouvoir et ses abus qu’une partie de rigolade. Si vous aimez les romans bien écrits, qui ne rentrent pas dans les canons de la SF classique et qui ne laissent pas indemnes émotionnellement, c’est une belle lecture.