Jacques Sadoul est un des pionniers de la Science-Fiction en France. En tant qu’auteur pour partie, mais aussi, et surtout, en tant qu’éditeur. C’est lui qui a lancé J’ai Lu, et en particulier J’ai Lu SF, qui a été un incontournable absolu de l’édition de SF en France, et pas seulement en republiant en poche, vraiment en rendant accessible nombre de grands classiques. Dans une époque où le poche était méprisé, et la SF était une sous-littérature qui ne méritait même pas d’être mentionnée. Voilà rapidement pour le profil du personnage. Mais Sadoul, ce n’est pas qu’un parcours, c’est un personnage. Et c’est ce qu’on découvre avec joie dans ces mémoires. C’est plein de moments incroyables, mais c’est surtout plein d’humour. Sadoul fait à mes yeux vraiment partie d’une génération, avec des gens comme Goscinny ou Gotlib, qui ont ouvert des possibles iconoclastes dans des cadres qui étaient remplis de gars en costume sérieux et bien élevés. Il y a cet équilibre très drôle et très touchant entre une dimension de pionnier innovant, et en même une bonhommie et un humour bourgeois assez retenus. J’aime beaucoup ce style, et j’aime beaucoup sa manière de se raconter, avec autant de drôlerie que d’humilité, et sans pour autant lâcher le fait qu’il a tenu ses projets jusqu’au bout sans en démordre. Vraiment, c’est mignon, et c’est très facile et agréable à lire. Il y a un registre qui m’a particulièrement amusé : Sadoul est clairement progressiste, mais il a ses travers. En particulier, il défend une place égale pour les femmes, et sa vie professionnelle en témoigne largement, mais ça ne l’empêche pas de commenter systématiquement leur apparence et leur potentiel de séduction. Le personnage est tellement attachant que ce sexisme bienveillant et un peu paternaliste reste pour moi peu gênant (mais notable), mais c’est vraiment symptomatique d’une époque et d’une culture.