
Ce qui s’est passé au Rojava (Nord de la Syrie et Kurdistan) depuis l’expulsion des djihadistes est tout à fait exceptionnel : une tentative de mise en place d’une organisation communaliste libertaire, inspirée de Murray Bookchin, en marge des états constitués. Sur un territoire en guerre, donc, et historiquement pas follement favorable à des dynamiques égalitaires et féministes. Et pourtant. Il y a donc de quoi être plus qu’intrigué. Et les écrits sont malheureusement peu nombreux. Comme ce qui m’intéressait, c’était en particulier le comment institutionnel et politique de l’entreprise, je me suis attaqué à ce gros volume de Pierre Bance. Et quand je dis attaqué, ce n’est pas innocent : c’est un livre qui m’a demandé des efforts. Il est dense, parce qu’il est détaillé et précis. L’auteur passe en revue les documents établissant la base juridique du Rojava, et les confronte à la mise en oeuvre réelle. Puis il explique et examine en détail l’ensemble des institutions et organisations collectives du territoire, avec les tensions, leurs contradictions et leurs évolutions au fil du temps. C’est très détaillé. Et ça fait une grande partie de l’intérêt puisque ça permet de ne pas s’arrêter aux grands principes, mais de voir comment la déclinaison concrète, quotidienne est possible, ou pas. Tout ce qu’il faut de négociations, d’adaptations et de prise en compte d’un contexte très complexe et de personnes dont la conviction et la bonne volonté sont très variables. C’est vraiment éclairant, mais c’est d’un niveau de détail qui n’intéressera que des personnes vraiment motivées. Pour celles-ci, c’est une référence précieuse qui donne à réfléchir, et à admirer.