
Camille Kouchner fait partie des quelques femmes qui ont fait apparaitre médiatiquement la question de l’inceste. En racontant l’inceste qu’elle a subi de la part de son beau-père, dans ce livre en premier lieu. Ce qui est aussi important que courageux. En plus de cette dénonciation, ce que j’ai trouvé particulièrement frappant dans ce récit, c’est la finesse avec laquelle elle brosse le tableau d’un contexte familial et culturel. Parce que sa famille (dont son père Bernard, donc), c’est la grande bourgeoisie culturelle française. Une vraie grande famille avec des réseaux et des postes prestigieux. Des gens qui écrivent, qui se montrent. Et voir la manière dont ce milieu peut produire de l’emprise, des non-dits et une culture familiale (au sens très large) de l’inceste, c’est tout à fait impressionnant. D’abord parce que ça illustre la manière dont l’inceste est un système collectif qui protège les incesteurs dans toute la famille et au-delà (ce que racontent également Cécile Cée et Dorothée Dussy), en le racontant en détail et de manière incarnée. Ensuite parce que c’est tout autant un portrait glaçant du peu de douceur et de tendresse qui peut présider aux relations, notamment parentales, dans une classe sociale centrée sur la reconnaissance sociale et médiatique. Ce qui est terrifant, au-delà de l’inceste, par ce que ça raconte de celleux à qui on laisse le pouvoir. Et tout ceci est suffisamment bien écrit pour qu’on sente et qu’on vive toute la dimension poisseuse et angoissante de ce fonctionnement.