Une ville aux échos victoriens, aux trains et à la technologie alimentées par magie, protégée par un dôme du froid et du danger d’un monde sauvage et glaciaire. Voilà pour le contexte. La magie elle-même se fait en tapant les sorts sur des machines à écrire magiques. Des sorts complexes, avec des architectures logiques élaborées : oui, c’est de la programmation (magique). L’héroîne est aux portes de l’examen qui fera d’elle peut-être, la première femme archimage. Oui, fondamentalement, on est sur une base de parcours de première femme à. Et c’est vraiment bien exécuté. Parce que l’héroïne est un chouette personnage, très raisonnablement autistique, et parce que les obstacles rencontrés sont non seulement crédibles mais même détaillés assez finement. Ce ne sont pas seulement les murs évidents, ce sont aussi des choses bien plus indirectes et vicieuses. Si ce n’était que ça, en étant bien écrit, et avec un univers dépaysant et riche, ce serait déjà très bien. Mais ce n’est pas tout. Il y a aussi les réfugié-es des steppes réduit-es en presque esclavage au service de la grande civilisation magico-religieuse. Ce qui fait qu’on parle tout autant de colonialisme que de sexisme. Peut-être même plus au final, ce qui est très malin. Si la métaphore politique est évidente, elle est menée finement et avec une narration efficace, ambitieuse, et qui ne tombe pas dans les facilités et les évidences qu’on pourrait craindre. Jusqu’à la fin. Un très bon roman, prenant et agréable, avec un fond politique des plus engageant.