
Je connaissais de Charlotte Delbo, avant tout, un poème sublime (Prière aux vivants), et j’avais commencé à m’intéresser un peu à son (admirable) parcours. Dans cette exploration, j’ai découvert ce petit livre : le récit d’une autrice qui a découvert Charlotte Delbo en préparant un roman sur les camps, et qui est tombée en admiration (en amour ?). Elle raconte comment une autre survivante des camps lui a conseillé de se documenter sur Charlotte Delbo, et comment elle a plongé, dans des bibliothèques, dans les originaux des écrits de Delbo. Et le choc, l’émotion. Du parcours, mais de l’écriture aussi. C’est une force et une réussite que d’avoir su mêler aussi bien et aussi intimement l’éloge de l’écriture et de la poésie de Delbo, et sa vie, avant, pendant et après les camps. Les deux sont différents, complémentaires, indissociables au final, et leur articulation est ici centrale. C’est, je crois, la qualité de l’écriture de l’autrice et sa sensibilité littéraire qui font que ce mélange fonctionne si bien, et que ce petit livre a autant de force. Elle réussit à rendre sensible son émotion à la lecture de Charlotte Delbo, et donc, indirectement, à rendre sensible ce que l’écriture de Delbo a de puissant, voire d’unique dans ce qu’elle raconte des camps. En particulier le fait qu’elle essaie de rendre compte, de faire vivre ce qu’elle a ressenti, et pas de l’analyser ou de le rendre compréhensible. Et, ce qui est lié, sans essayer de trouver un sens à cet enfer (d’où le titre d’un de ses livres : une connaissance inutile). C’est un livre qui m’a donné envie de lire Delbo, vraiment, en me donnant l’impression de savoir comment l’aborder et comment en profiter pleinement. Ce que je trouve fort, et que j’ai trouvé émouvant et puissant à lire.