Adèle Haenel écrit sur les viols et agressions qu’elle a subi enfant. C’est une claque. Le sujet est en soi une claque, ou devrait l’être. Il ne l’est pas toujours dans la manière dont il est raconté, mais ici si. Ici, la forme est à la hauteur de ce qu’il y a à raconter. Adèle Haenel a réussi à trouver une manière de raconter, de partager et de faire réfléchir qui m’a énormément plu. Parce qu’elle permet de la suivre pleinement, émotionnellement. Elle décrit le trouble, le flou, le doute quant à ce qui s’est passé. Et elle fait vivre les conséquences, la perte de soi, l’émiettement de tous les repères, et en particulier en termes d’identité. C’est vraiment perturbant, et c’est vraiment très bienvenu. Je ne crois pas avoir lu avant un texte qui m’ait permis de prendre la mesure des conséquences, internes, de la pédocriminalité. Ce que ça fait sur tout le reste de la vie. Ce qui est de mon point de vue encore bien plus bouleversant que les actes eux-mêmes (qui le sont pourtant tellement). C’est vraiment un livre que j’ai trouvé brillant. Et traumatisant. Du fait qu’il est justement brillant. Je suis impressionné, je vous le conseille sans réserve si vous n’avez pas peur de vous confronter pour de vrai à ce sujet.