
Le contrat social, c’est un livre qui a une petite trentaine d’années, et qui a été fondateur de la pensée décoloniale et antiraciste contemporaine. A partir de l’idée de contrat social, dont il est un spécialiste assez pointu, Charles Mills montre que cette idée même, comme la philosophie des lulières en général, est basée sur l’exploitation raciale et le privilège blanc. Qu’elle n’est possible matériellement, mais aussi intellectuellement, que par la richesse coloniale et l’esclavage. Ce qui pique fort fort comme idée. Le contrat social, et la culture occidentale, n’a pu se construire et exister que par la construction du racisme structurel, le génocide américain et l’esclavage industrialisé. Voilà la thèse du livre. C’est ce qui constitue le contrat racial : maintenir ce système d’exploitation, entre blancs et au profit des blancs, tout en prétendant jusqu »au bout qu’il n’existe pas et que toutes ces questions sont annexes et révolues. L’auteur passe en revue les grands penseurs du contrat social et montre leur racisme, souvent ouvert bien que dissimulé dans la lecture contemporaine (Kant, par exemple, pilier de la philosophie morale, propose une morale entre blancs avec des tirades très racistes pour le justifier). L’ensemble est documenté, solide, et potentiellement brutalement choquant. C’est une inversion de perspective historique et sociale brutale et absolument essentielle que Mills théorise et propose. Je ne le découvrais pas, pour avoir lu ce qui en a ensuite découlé, mais c’est ici très clairement posé et documenté, et je comprends pourquoi c’est un livre considéré comme fondateur. Un incontournable pour comprendre la genèse raciste et génocidaire de notre culture actuelle. Et y faire quelque chose donc.