Agrippine est une personnage historique dont le nom peut facilement évoquer quelque chose, mais pas forcément de manière très précise. Voire pire, on peut facilement en avoir une image grossière correspondant à celles construites par les historiens romains de l’Antiquité, c’est-à-dire de très très gros misogynes, qui plus est au service d’une propagande politique spécifique. Emma Southon s’attaque donc, avec une approche féministe et critique, et avec les données et outils de l’histoire contemporaine, à faire le récit de la vie absolument incroyable d’Agrippine. Qui a donc été soeur, épouse et mère d’empereur. Et de manière remarquablement active. Vie incroyable donc, qui est largement aussi prenante, inattendue et tendue que les plus ambitieux romans. Comme c’est raconté avec la plume acérée et pleine d’humour de l’autrice, c’est passionnant, et un pur plaisir de lecture. Et en plus du plaisir narratif, on découvre plein de choses. Sur la période en question et les règnes plus ou moins catastrophiques des empereurs en question (et dans la mesure où ça concerne notamment Caligula, son frère, et Néron, son fils, en plus de Tibère et Claude, ça fait une sacrée gallerie, il y a du niveau en termes de pathologies). Mais j’ai aussi découvert beaucoup, de manière inattendue et passionnante, sur les sources historiques. Qui ne sont finalement pas si nombreuses, souvent postérieures, et surtout écrites par des auteurs biaisés de manière extraordinaire. Ce dont elle fait un jeu et un ressort comique qui fonctionnent très bien, et qui font prendre la mesure du travail d’analyse et de mises en perspective des historien-nes modernes. Qui corrigent donc très largement les versions peu critiques d’historiens plus anciens. Un livre passionnant d’un bout à l’autre.