J’aime fort Emma Southon comme autrice. Elle est brillante dans sa capacité à rendre compte de données historiques complexes de manière synthétiques, dans son acuité critique vis-à-vis des sources et des contextes, et dans la fluidité et l’humour omniprésent de son écriture. C’est vraiment un plaisir de lecture inépuisable. Ici, elle se saisit de la question du meurtre dans la Rome Antique. Etant donné son écriture et la richesse de ses sources, elle aurait pu s’en tenir à un répertoire de meurtres marquants, et ça aurait été un très bon livre. Effectivement, elle passe en revue les grands meurtres et tueries, en les racontant et les contextualisant de manière passionnante. Mais aussi en les répertoriant par catégories, ce qui lui permet de venir questionner et éclairer la manière dont les romains pensaient la mort, et le fait de tuer d’autres personnes. Ce qui selon les contextes correspond un peu, et parfois pas du tout, à notre idée du meurtre. Et c’est ça qui a fait toute la différence dans ce livre : l’éclairage sur une manière de penser, sur une culture, qui est très profondément différente de la notre, quand bien même on se raconte que c’est proche parce que dans notre lignée culturelle directe. Pas du tout. En particulier, elle éclaire magnifiquement la place centrale de l’esclavage et comment Rome est une puissance escalavagiste, de manière absolument centrale, économiquement comme culturellement. Et l’horreur que ça représente dans ses déclinaisons quotidiennes (notamment dans l’usage de la mort comme spectacle). Et si c’est loin de notre culture, c’est quand même une influence majeure sur nos manières de penser, il y a des héritages et des liens, en particulier sur ces registres là. Au-delà d’être distrayant et drôle, c’est donc aussi un livre qui a une forte dimension politique. Une fois de plus, c’est du Emma Southon et c’est absolument brillant. Et c’est sans doute celui qui me marque le plus.