
Et si le Seigneur des Anneaux était une œuvre de propagande écrite à dessein par les vainqueurs de la guerre de l’Anneau, les elfes donc. Et qu’il avait eu comme finalité de donner une image lisse et positive d’une puissance politique et militaire dominatrice et usant des ressorts habituels de la guerre, de l’espionnage et de la manœuvre politique la plus crasse. Bref, et si tout ça s’était passé dans un monde crédible et crasseux, et pas dans un cadre mythologique tout propre. Pour parler politique : et si on faisait une relecture matérialiste de la guerre de l’Anneau vue par les orcs. Oui, oui, ça a tout pour me plaire comme parti pris. Restait à ce que ce soit bien fait. Et franchement, c’est très majoritairement le cas. L’auteur est russe, ce qui va bien avec une lecture inversée et une culture de la contre-propagande politique, et une approche matérialiste. Il est scientifique, ce qui là aussi apporte un plus, même si d’un point de vue littéraire on sent du coup certaines limites. Pour autant, je me suis laissé prendre assez vite par les personnages et l’ambiance. Ce n’est pas l’écriture la plus vivante et dynamique qui soit, mais ça passe bien et les idées de fond sont tellement originales et bonnes que ça m’a vraiment embarqué. Un bémol pour mes goûts : la partie 3 (sur 4) est tellement orientée sur du contre-espionnage urbain que j’ai un peu peiné (mais c’est parce que j’ai pas le goût des romans d’espionnage tout court). Malgré, une fois arrivé à la dernière partie, tout est pardonné tellement la fin tient les promesses du début. C’est complètement un contre-pied, c’est drôle et intelligent et le propos est impeccable. C’est certes confidentiel et destiné uniquement aux fans, politisés idéalement, mais dans ce créneau là c’est vraiment brillant et inattendu.