
La question de l’adultisme fait partie des sujets que je n’ai pas encore creusé mais qui me titille depuis un moment. Et ce n’est pas un sujet simple parce que ça vient forcément questionner des trucs ancrés, et pour lesquels le déni peut être fort. Ce qui peut faire douter aussi de la légitimité de positionner cette question sur le même plan que d’autres rapports de domination. Bref, j’avais besoin de continuer à y réfléchir. Et la fabrique de l’enfance est un livre pour réfléchir. C’est un plaidoyer, certes, mais pour réfléchir et aller creuser le fond de ce qui se joue là. Sébastien Charbonnier est philosophe, ce qui veut dire à la fois qu’il sait réfléchir et creuser des questions théoriques, et qu’il écrit et construit sa pensée comme un philosophe (et quand on n’a pas ces codes, c’est quand même un frein, même si fait des efforts d’écriture pour que ce soit accessible). Après, gros atout à mon sens, c’est un philosophe très documenté et formé sur la sociologie et les sciences sociales critiques, et c’est vraiment précieux. Bref, il y a du fond, et un positionnement que je trouve très convaincant. De là, il balaie les inégalités factuelles, les représentations et tout ce qui se joue culturellement dans la construction du statut minorisé de l’enfance. C’est engageant, et c’est convaincant, et donc c’est perturbant. Sur un registre très intello qui me fait dire que ce sera un truc à venir retravailler plus qu’un plaidoyer pour se mettre en action rapidement.