J’avais déjà commencé à creuser les origines du concept et du terme démocratie grâce à Jacques Rancière (dans La haine de la démocratie, que je recommande toujours), qui expliquait déjà à quel point non, ce n’était pas une idée défendue par tant de gens. Sur exactement la même question, Dupuis-Déri propose ici le niveau avancé : une version réécrite de sa thèse qui porte sur la place du mot et du concept de démocratie dans l’histoire politique de la France et des Etats-unis. C’est réécrit mais à la base ça reste une thèse, donc : c’est lisible mais c’est franchement pointu et documenté. En d’autres termes : c’est vraiment riche mais il faut vraiment être motivé par la question pour lire l’ensemble. Il se trouve que j’étais motivé, et je ne regrette pas du tout d’y avoir investi une certaine énergie. Il montre à quel point l’idée de démocratie était déjà combattue en grèce, massivement, par les élites. Et qu’elle est ensuite un repoussoir, une menace de chaos, d’une plèbe dangereuse et irraisonnée au pouvoir. Le terme n’est longtemps utilisé que pour faire peur et expliquer que ce serait une catastrophe. Dans une logique politique strictement agoraphobe. Et ce qui est passionnant, c’est de voir comment ensuite le terme est devenu positif et valorisé (par des effets d’étiquettage politique) mais sans que l’idée fondamentale d’un pouvoir direct du peuple soit adoptée et défendue. Au contraire même. Ce qui permet de comprendre très clairement comment la forme de république a été construite, et comment elle l’a étée contre la menace démocratique. C’est vraiment précieux. Et ça donne des outils, voire des armes. C’est un contenu que j’ai très envie de transmettre et d’utiliser, mais il va falloir que je bosse le comment parce que ce format livre n’est pas franchement accessible et partageable, si ce n’est à des personnes qui veulent bosser le sujet sur le fond et qui sont prêtes à lire un format dense (sans comparaison avec les autres livres de Francis Dupuis-Déri). Si vous vous reconnaissez dans ce portrait, par contre, allez-y, c’est vraiment bien.