Le regard des hommes sur les femmes, et sur le corps des femmes, est légitimé socialement, validé, et largement mis en scène dans un tas de productions culturelles (male gaze, tout ça). Mais pour ce qui concerne l’inverse, c’est-à-dire (dans un cadre hétéronormatif) le regard des femmes sur le corps des hommes, c’est un peu le désert. Il n’y a aucune symétrie, évidemment. C’est cet impensé, cette zone de tabou, que Morgane Tocco vient explorer et défricher. Elle part bien sûr de son vécu, mais aussi de témoignages et textes, pour brosser les enjeux, les freins, les hontes et le plaisir d’oser. En s’appuyant sur une lecture de sciences sociales nécessairement féministe. C’est agréable à lire, et tout à fait éclairant sur les enjeux et tabous, et sur les injonctions contradictoires. Sur la socialisation genrée aussi bien sûr, de manière très flagrante. C’est par contre une première exploration, et pas un travail de théorisation ou de politisation très approfondi.