Bon, à mon âge, et avec tout ce que je me tape de lectures politiques, je ne pensais pas pouvoir découvrir un truc d’ampleur mondial que je n’aurais pas encore regardé et qui m’énerverait très fort. Comme quoi, je suis encore naïf : je sous-estime la capacité de nuisance et d’invention du capitalisme… Dans ce petit livre, Amina Hassani fait un travail salvateur d’éclairage et d’explicitation : dis maman, c’est quoi l’arbitrage international ? C’est un système de justice privatisé et opaque qui permet aux multinationales d’attaquer des états si ceux-ci prennent des décisions qui leur font perdre de l’argent. Si par exemple je décide de freiner la consommation de tabac, ou d’interdire les pesticides pour éviter des cancers, ben je suis attaquable et on peut me demander des milliards. Au nom de traités de libre échange que nos états signent en masse. Et ces jugements sont rendus en privé, diffusés à personne et payés rubis sur l’ongle. Avec nos impôts donc. Ce qui crée un marché concurrentiel, dans lequel des spécialistes de l’arbitrage se font payer des millions pour être à la fois juges et avocats. C’est tellement rentable que maintenant des financiers vont démarcher les multinationales pour leur proposer de financer des plaintes qu’ils estiment rentables. C’est absolument insupportable. On va jusqu’à attaquer des états parce que ses politiques n’ont pas permis de réaliser les profits que la multinationale avait anticipé… L’ensemble du bordel donne envie de vomir autant que d’arracher des têtes. Vraiment, je n’avais pas été choqué comme ça depuis longtemps. Donc, oui, lisez-ça si vous manquez de colère, ou que vous voulez comprendre pourquoi on est bien dans la merde, ou pour vous convaincre qu’il faut définitivement se séparer de tout le captislme, pas seulement d’un morceau.