
Octavia Butler n’écrit pas de romans anecdotiques. Parce qu’elle écrit sur les enjeux raciaux, et féministes. Kindred est son roman pour parler directement des plantations du Sud des Etats-Unis pendant la pleine période de l’esclavage. Sujet dramatique s’il en est, avec le risque de faire un roman qu’on n’aurait aucune envie de lire. Risque qu’elle esquive avec brio. Avec une structure de science-fiction, comme toujours. Ici, une femme noire américaine, dans les années soixante-dix, se trouve propulsée dans le passé. Pour sauver un jeune blanc en pleine période esclavagiste. Jeune blanc qui s’avère être son ancêtre direct. Autant dire qu’elle a tout intérêt à le garder en vie. Elle va retourner dans le passé à chaque fois que sa vie est en danger. Pour elle, les retours dans le passé sont concentrés sur quelques jours. Mais il s’étalent tout au long de sa vie à lui. Le dispositif fonctionne très bien. Sa place de femme noire est tellement traumatisante qu’on n’a pas envie qu’elle y retourner, mais on veut la suite. Et sa relation à son ancêtre est superbement ambiguë et permet de toucher du doigt de manière très émouvante, et flippante, ce que c’était de grandir dans cette culture, de l’incarner et d’en profiter. C’est écrit avec tout le talent narratif de Butler, et toute sa finesse. Alors, oui, ça mérite d’être un livre primé, et un de ceux qui lui sont le plus associés. Ce n’est pas du tout une balade de santé, mais c’est vraiment prenant et mémorable.