Après la mort de James Baldwin, Raoul Peck avait pour projet de réaliser un film sur ce dernier, qu’il connaissait. La soeur de Baldwin lui a confié les notes prévues pour son dernier livre, sur l’assassinat de trois leaders noirs (Medger, Malcolm X et ML King). Ces notes sont devenues la trame de son film, qu’il a composé ensuite comme un puzzle de textes et d’interviews de Baldwin. C’est donc une œuvre de Raoul Peck, mais entièrement composée de matériau de Baldwin. Et c’est vraiment une association qui fonctionne. Bon, ici, c’est le script, avec quelques images. Ce qui peut sembler bancal, mais comme il s’agit avant tout de littérature, moi j’ai trouvé que ça fonctionnait très bien. Les textes sont beaux et forts comme Baldwin sait faire, et les interviews sont souvent encore meilleures. Il a vraiment des phrases, des formules et des démonstrations d’une clarté et d’une puissance remarquables. Sa dénonciation du racisme structurel aux États-Unis est implacable tout en restant d’une humanité touchante. Parfois en deux phrases, il met à nu une dimension évidente et pourtant occultée du racisme américain, c’est tout à fait brillant. Les habitué-es de Baldwin me diront : comme d’hab. Mais là en version condensée. Et avec des enchaînements et des liens avec des films grands publics, apportés par Peck, qui renforcent le propos tout en allégeant la dimension littéraire. Un tout petit livre que j’ai trouvé tout à fait étonnant mais franchement séduisant.