J’aime bien les narrateurices dont on ne connaît pas vraiment la nature. Ce n’est pas si fréquent et ce n’est pas facile à réussir. La narratrice ici est jardinière, elle cultive, conçoit et entretient une ferme lunaire. Une grande ferme, qui nourrit une des cités souterraines, et qui sert aussi de lieu de sortie à sa population. Cette ferme est un écosystème entier, construit artificiellement et surtout pensé et accompagné dans ses moindres détails. C’est une personnage en soi, vivant, complexe et précieux. Notre narratrice existe d’abord par cette ferme, et c’est beau. Parce que c’est écrit avec beaucoup de finesse et de vie. Mais ça ne s’arrête pas là. Arrive une petite fille, marginale, différente, avec un don pour le jardinage et le vivant. Et un lien s’esquisse, sans qu’on sache toujours vraiment ce qu’est cette narratrice. Et de là, ce qu’on attendrait n’est pas ce qui va se passer. C’est bien plus malin et plus fin, plus délicat aussi que ce que j’aurais imaginé. Et je ne peux pas en dire beaucoup plus sans en dévoiler trop. Ce n’est pas un roman à grande révélation, c’est un roman d’introspection et d’humanité qui parle de sens et de la place de chacun-e, de pureté et de complexité. C’est un très joli roman, un peu triste, mais très doux et intelligent. Et pour une première découverte de Catherine Dufour, je suis très agréablement surpris, ce qui fait que je vous le conseille (par exemple si vous aimez le style général de quelqu’une comme becky chambers) et que je vais de ce pas découvrir d’autres livres de Catherine Dufour. (Merci Manu)