
Rien que le cadre, on sait tout de suite qu’on est dans de la vraie grande SF à l’ancienne, mais poussée au max : l’Eriophora est un vaisseau-astéroïde qui a pour mission d’établir des portails dimensionnels sur toute la voie lactée. Oui, rien que ça. Ce qui prend des millions d’années, tout à fait. Avec à bord un équipage humain qui est réveillé par rotation quelques jours tous les milliers ou centaines de milliers d’années. Question ampleur et dépaysement, on y est donc. Et ce cadre vertigineux, avec toutes ces conséquences, pourrait quasiment faire le job à lui tout seul. Mais dans ce cadre fou, et oppressant, une des passagères, créée et formée pour la mission, commence à douter de la bienveillance et de la fidélité du vaisseau. De son IA plus exactement. Qui donc maitrise absolument leur environnement de vie, est présent en permanence depuis des dizaines de millions d’années, et décide de qui réveiller et quand. Vous le voyez le coté oppressant et l’enjeu de résistance dissimulée, de contournement d’une surveillance totale ? Oui, c’est assez marquant comme cadre et comme narration. Avec un avantage non négligeable : c’est un roman très court, format novella, donc on ne s’embourbe pas dans du glauque ou du flippant répétitif. C’est dynamique et construit. Avec une écriture efficace, mais qui est par contre tout à fait dans la lignée des classiques de hard SF (donc avec des personnages mais pas des profondeurs incroyables ni des considérations émotionnelles démesurées). C’est vraiment une curiosité, et c’est efficace.