
Lumir Lapray a grandi dans la plaine de l’Ain, donc dans cette France périphérique (mais pas rurale ni abandonnée) qui travaille, qui s’en sort pas si mal objectivement et qui vote de plus en plus RN. Pourquoi ? Et pourquoi la pointer du doigt aussi directement, avec des interprétations parfois sommaires ? C’est ce qui est venu agiter Lumir Lapray, qui était partie vivre une vie d’activiste diplômée en région parisienne. Elle revient chez elle, elle y retrouve sa place et une sociabilité forte et codifiée, et elle s’attelle à comprendre ce qui se joue socialement et politiquement sur ces territoires. En journaliste embarquée, et fille du coin qui a pris du recul, mais vraiment en sociologue (ce qui la distingue quand même pas mal d’un Benoit Coquard, qu’elle cite et dont le travail est tout de même proche). Elle décrit les sociabilités, les modes de vie, les galères, les normes et les valeurs, et puis beaucoup la manière dont on se voit et dont on se raconte collectivement. C’est riche, c’est fin, et c’est très touchant. Parce qu’elle va dans le détail, dans le récit, et parce qu’elle parle de gens qu’elle aime et qu’elle rend d’autant plus aimables. Alors on les comprend, on se projette, ça fait écho (d’autant plus si vous avez vécu dans des coins comme ça, de près ou de loin, ou fréquenté des cercles qui y naviguaient). Et c’est précieux pour comprendre ce qui se joue, et pour comprendre ce que ça donne en termes de vote. Mais aussi, mais surtout, pour penser les autres issues collectives, les alternatives à une bascule fasciste. Et pour de vrai, ça donne des directions, des passerelles et des envies de faire. C’est très chouette, ça humanise, et nous humanise un coup au passage.