
J’aime bien l’écriture d’Emma Becker. Et j’aime bien l’exploration qu’elle poursuit du désir, de la construction de la sexualité et de la place des rapports de domination, pas forcément assumés, là-dedans. Ici, elle brosse le tableau d’une relation amicalo-amoureuse-sexuelle entre deux jeunes filles, revisitée depuis l’âge adulte, après une longue séparation. Chacune a fait sa vie, avec ses névroses, ses aveuglements et ses désirs. Et elles se retrouvent et tentent de se dire ce qu’elles ont vécu jeunes, avec des perceptions et des interprétations différentes et en tension. C’est très fluide comme écriture, mais ce n’est pas sans densité. C’est fluide parce que c’est bien écrit, et parce que ça suit le fil d’une discussion, de souvenirs plus ou moins sexuels et de tensions. Mais ce n’est pas anodin parce que ça explore vraiment certaines zones d’ombres avec finesse : sur quels non-dits se construisent nos relations ? Et nos sexualités tout court aussi, que ce soit sur des influences de personnes ou de culture ? Et quelle place laissons-nous, volontairement ou non, à des relations de pouvoir, sans les nommer, et parfois en les fantasmant ? Franchement, ça m’a touché sur plusieurs dimensions, et c’est chouette. Pour autant, je garde étrangement peu de souvenirs de l’histoire elle-même et des personnages. Il y a dans mon expérience quelque chose de très éphémère dans le récit.