
Pour moi, jusque là, la Sologne, c’était vite fait un bout de campagne brumeux avec quelques cerfs, rien de bien plus. Or, c’est aujourd’hui vraiment beaucoup plus que ça : c’est le ghetto des ultra-riches, une sorte de conglomérat de domaines privés dédiés à chasser entre très riches. Comme l’organisation collective des vrais riches m’intéresse, cette enquête d’un journaliste m’a attirée. Et elle m’a captivé. On ne peut pas imaginer à quel point il y a d’argents et de moyens disponibles pour privatiser des zones aussi démesurées, qui plus est pour des loisirs aussi exclusifs et traditionnels. Genre, la région entière ne fonctionne plus que sur la présence de toutes les grandes familles françaises pour des courts séjours de chasse. Dans lesquels il peut s’agir d’abattre des centaines de grands animaux. Entre vieux blancs qui possèdent ou dirigent l’essentiel des grandes structures économiques et politiques du pays. Quand on parle de réseau, de séparatisme et de territoires perdus de la République, c’est là qu’il faut regarder. Avec qui plus est une omerta tout à fait impressionnante, et une confiscation qui fait qu’il devient quasi impossible d’aller se balader dans ces coins-là, même dans les parties a priori publiques. Bref, en termes de contenu et de découverte de la manière dont une nouvelle aristocratie se retrouve et se définit autour des grands domaines de chasse, c’est fascinant, très très difficile à accepter et plein d’enseignements politiques et sociologiques. En termes de forme, c’est du bon travail d’écriture journalistique, avec des chapitres thématiques qui déroulent les différentes dimensions de cette occupation confisquée de la Sologne. Comme les grands noms sont les mêmes et la logique de privatisation aussi, on a parfois un sentiment de répétition entre chapitres, mais c’est au final lié au contenu plus qu’à la forme. Un très bon complément aux travaux des Pinçon-Charlot, par exemple, avec moins de sociologie et dans un cadre bien particulier. C’est strictement édifiant.