
L’extrême-droite n’est pas positionnée uniquement sur le terrain électoral et du rapport de force en général, elle l’est aussi sur celui de la production et de la bataille culturelle. Comme beaucoup de courants politiques, mais il se trouve que c’est depuis quelques décennies une stratégie affirmée et pensée dans ce cas-là (notamment par le travail de théorisation de la Nouvelle Droite et ses emprunts à Gramsci). Ce qui rend d’autant plus intéressant d’aller voir ce que sont les fondamentaux culturels de l’extrême-droite, et c’est ce que propose ce petit livre très lisible et documenté. Et ça a visiblement été un vrai boulot d’accéder à une documentation qui est en grande partie interne à certains réseaux. Sur cette base, l’auteur nous brosse un portrait, par chapitres thématiques, des grands marqueurs culturels et stratégie de diffusion de l’extrême-droite. J’ai trouvé particulièrement intéressant de voir la manière dont est investie la question de l’identité, religieuse en particulier. C’est ce qui m’a permis de mieux comprendre les différenciations entre conservateurs plutôt catholiques et nationalistes portés sur un néo-paganisme européen blanc construit autour des vikings et d’un fantasme d’une civilisation hyperboréenne. L’exploration de la manière dont est mobilisé l’imaginaire d’un moyen-âge fantasmé est également éclairante (d’autant plus quand on a trainé dans des réseaux de médiévistes ;). Enfin, la place de la musique, et en particulier l’entrisme (et les résistances) dans certaines cultures musicales, avec succès dans le cas du black metal, est également édifiante. C’est un ouvrage éclairant et qui, si le sujet est un peu pointu, est très raisonnablement accessible. Je dirais même qu’il fait un bon boulot de donner les clés de lecture des courants concurrents de l’extrême-droite, parfois mieux que des ouvrages plus généralistes et descriptifs des courants eux-mêmes.