Mais qu’est devenu Charlie aujourd’hui ? Et surtout qui sont celleux qui défendent Charlie ? Sophia Aram, Raphaël Enthoven, Caroline Fourest ?… Quand on a connu le Charlie d’il y a longtemps, avant Val, avant Je suis Charlie, la bascule est incompréhensible. Et pour les plus jeunes, il est difficile de comprendre qu’on ait pu être attaché à Charlie sur le fond. Je suis plutôt du premier paquet, et Schneidermann aussi, et c’est pour nous qu’il écrit en premier lieu (même si ça servira potentiellement aussi au plus jeune, pour comprendre). C’est un travail de reconstruction, d’analyse : comment un journal de blagues de mauvais goût, qui écrivait depuis chez les marginaux contre les puissants est devenu l’étendard d’une défense des bourgeois civilisés blancs contre les barbares pas blancs… Le constat est cruel, si vous ne l’aviez pas fait précédemment, et Schneidermann l’expose avec clarté et efficacité, tout en interrogeant son attachement. Il décrit aussi avec acuité et avec une justesse politique appréciable le glissement progressif, et la construction d’un discours médiatique qu’il nomme le Charlisme. Qui est aussi en grande partie le printemps républicain. Et qui montre clairement comment il ne s’agit plus de faire rire, mais d’user de cet argument pour aller humilier des dominées. C’est salutaire, comme clarification. Enfin, si vous avez un attachement à Charlie et/ou si ce bout de bataille culturelle vous importe.