Définir le fascisme pour pouvoir l’identifier à temps, et le comprendre, pour pouvoir le contrer : des enjeux importants à toutes les époques, et particulièrement urgents aujourd’hui, et pas que par chez nous. C’est un de mes sujets du moment, sans surprise. Sur le sujet, il y a des essais plus ou moins longs, des trucs solides mais plutôt intello, comme Umberto Eco (qui reste une de mes références). Michel Murgia propose ici un tout autre format, rendu possible par son talent d’écriture (comme quoi, des vraies autrices qui vont sur le terrain politique, ça vaut le coup) : un texte ironique, rentre-dedans, écrit du point de vue fasciste. Pour que tout le monde puisse le devenir rapidement et facilement. Et ça fonctionne terriblement bien. C’est à la fois glaçant, très drôle, et remarquablement éclairant. Un équilibre que je n’aurais pas forcément donné gagnant. Chaque petit chapitre rend parfaitement explicite une des grandes stratégies du fascisme, ce qui permet à la fois de le comprendre de l’intérieur (et de mesurer sa force de séduction) et de penser directement les manières d’y résister. C’est brillant, aussi bien dans ce qui est démontré que dans la forme. Parce que cette forme fait que c’est vraiment un plaisir à lire, et que c’est accessible à beaucoup, évitant l’écueil d’un essai théorique (pour un contenu tout à fait équivalent). J’ai été vraiment surpris et séduit. Et, en plus, il y a un épilogue, parfait et déstabilisant, dans lequel elle pointe que ce n’est pas une dénonciation moqueuse, mais bien un texte écrit en puisant dans l’attrait qu’a le fascisme pour elle comme pour chacun-e d’entre nous. Brillant et glaçant, donc, jusqu’à la dernière page.