Est-ce que l’ESS renversera le capitalisme ? Est-ce que l’ESS sert simplement à quelque chose ? Est-ce que mettre le monde associatif dans l’ESS a un sens ? Est-ce que les pratiques de l’ESS sont vaguement en cohérence avec ses annonces ? Voilà le genre de question auxquelles s’attaquent les deux auteurs, dans ce volume qui propose un survol et une regard critique de ce qui est aujourd’hui nommé ESS (et qui inclut donc bien, à raison ou à tort, le monde associatif). Ce n’est pas un éloge, c’est un vrai travail d’analyse qui essaie d’en tirer des leçons. Parce que malgré beaucoup de critiques, construites, argumentées et même structurées, les deux auteurs ne renoncent pas à la perspective de structures auto-organisées et indépendantes du fonctionnement capitaliste. D’où l’intérêt de tirer les leçons de tout ce qui a été tenté dans le domaine, que ça ait plus ou moins réussi ou franchement raté. Le spectre pris en compte est large, et donc riche, et ça permet de découvrir plein d’expériences et de structures. Et surtout de dégager des enjeux généraux, des problèmes récurrents et des pratiques inspirantes. Je ne dirais pas que c’est léger à lire, parce que l’aspect synthèse balaie beaucoup et ne permet pas une entrée tellement narrative, mais c’est facilement compréhensible, et surtout très bien structuré. Ce qui fait qu’on en sort au moins avec des idées claires sur la manière de définir le champ, les points de tension et de contradictions centraux et les enjeux à saisir pour essayer de faire un truc qui fonctionne. Il y a finalement presque un côté manuel dans la dernière partie, que j’ai trouvé tout à fait engageant (sans qu’ils donnent de recettes, justement). Je ne connais vraiment que le volet orga collective et monde associatif et pas le volet entreprises autogérées, mais je les ai trouvé pertinents et très bons sur la partie où je peux en juger, je soupçonne que ce soit le cas pour l’ensemble.