Oui, j’ai vu les six saisons de Lucifer, mais attention, d’une manière particulière (qui colore donc fortement cet avis) : en arrière-plan pendant que je travaillais (donc en suivant ce qui se passe, mais pas forcément dans tous les détails, et surtout sans immersion émotionnelle ni perception juste de savoir si c’est longuet ou pas). L’idée du personnage est piquée à Neil Gaiman : Lucifer en a marre d’être souverain de l’Enfer et il vient s’installer à Los Angeles pour ouvrir un club haut de gamme option dépravation bon enfant. Et son truc, c’est de pouvoir connaître les vrais désirs des gens, et de ne jamais mentir. Il va devenir consultant pour la police, parce qu’il tombe amoureux d’une détective (blonde et très américaine). En apparence, c’est donc une série policière, avec un duo qui esquive une relation amoureuse qui est évidemment inéluctable (au bout de cinq saisons). De ce point de vue là, ça fonctionne, les enquêtes sont efficaces, les personnages secondaires sympas, et la relation des deux personnages fonctionne, même si les va-et-viens, sur autant d’épisodes, ça fait un peu réchauffé. Ce qui fait que ça va plus loin que ce format basique, c’est d’une part qu’on va avoir de vrais arcs narratifs par saison, liés à la mythologie chrétienne (on verra passer des anges, des archanges, Lilith, Eve, Caïn, des démons, et Dieu) traitée comme une histoire de famille. C’est assez sympa, même si il faut apprécier le côté un peu tiré par les cheveux et surenchère (narrative, parce que question effets spéciaux, ça reste sommaire). Arrivé là, ça fait une bonne distraction, plutôt bien écrite, si vous ne trouvez pas les personnages trop rapidement irritants. Sans doute pas de quoi rester accroché-es six saisons, mais pourquoi pas. Reste cependant une dernière dimension, étonnante, centrale, et au final franchement maline : c’est de mon point de vue en premier lieu une série sur le travail psy, sur l’acceptation de soi et le traitement de ses névroses et freins. Lucifer voit une psy, et au final plus ou moins tout le monde aussi (la psy devenant un personnage central), il a le pouvoir magique de s’auto-actualiser… et ça fonctionne pas mal du tout. Mélangé au milieu de tout le reste, mais c’est vraiment là que se trouve le cœur du truc et son intérêt. Ce que démontre parfaitement la fin de la série, que j’ai trouvée particulièrement maline de ce point de vue là. Alors au final, ça fait beaucoup beaucoup d’épisodes, et je ne suis pas sur que ça mérite autant d’heures passées, mais il y a pour de vrai des choses que j’ai aimées, au-delà de la simple distraction. Si vous avez vraiment du temps, que le pitch vous accroche, ou que les personnages vous séduisent particulièrement…