
Un prêtre, miséreux, qui en a plein les basques des demandes rigides et capricieux de son dieu. Dieu qui se tient sur l’étagère de sa pauvre chambre et qui réclame. C’est un point de départ qui m’a immédiatement accroché : parce que c’est drôle, parce que c’est surprenant, et parce que c’est, qui plus est, très bien tourné. Trois qualités qui décrivent bien l’ensemble de ce livre. Mais ne croyez pas qu’on s’en arrête à un seul personnage ou à un seul thème : c’est un livre foisonnant, avec des personnages drôles et magnifiques, aussi varié-es que profonds. Toustes sont pris dans un même moment de crise politique déclenchée par trois fois rien, par une partie de cartes qui a mal tourné. Tout ça se passe dans une ville baroque, pleine de surprises, dont la base est plutôt médiévale-fantastique, mais mêlée d’industrie, de colonialisme, de polythéisme, de fantômes maudits et de monstres inhumains issus d’autres dimensions. Avec une armée d’occupation avec un projection de réforme rationnelle pour produire un monde parfait (avec, oui, des évocations clairement totalitaire, avec toutes les failles que ça peut avoir ;). Tout ceci aurait pu donner un résultat tout à fait brouillon, mais non. Parce que l’écriture, et en particulier les personnages, maintiennent une unité et une implication remarquables, et parce que tout ça s’inscrit dans une trame d’ensemble que j’ai trouvée extrêmement maline et complexe (et ce n’est pas seulement parce que ça parle de résistance à la colonisation ou de révolution prolétarienne). C’est un roman que j’ai trouvé d’une grande intelligence et d’une grande richesse, mais dont le parti-pris premier est de faire quelque chose d’amusant et d’exubérant. C’est mon premier essai d’Adrian Tchaïkovsky et je suis très très séduit.