
J’avais vraiment aimé « Si tout n’a pas péri avec mon innocence », il me semblait donc essentiel de poursuivre ma découverte de cette autrice remarquable. Le moins que je puisse dire, c’est que j’ai retrouvé la même beauté et le même style. Sans en être un prolongement direct, il s’agit quand même d’une suite. On y retrouve un personnage commun, et quel personnage : Charonne. Elle était secondaire, et fascinante, dans le précédent, elle est ici centrale. Enfin, elle est narratrice du premier tiers, et ensuite seulement fil rouge, connexion. Les deux autres tiers sont consacrés à sa grand-mère et à sa mère (adoptives). Ce qui m’a en premier lieu déçu, tant j’aurais aimé continuer avec le même personnage, mais au final, ça fonctionne parfaitement. Avec le foisonnement et l’excès de points de vue et de questionnements qui semblent donc être une des marques de fabrique de l’autrice. Foisonnement qui n’est pour autant pas du tout incohérent : on parle beaucoup famille, maltraitance, identité, transmission, et avec une force d’émotions et une capacité à dire et dévoiler crûment et puissamment les enjeux interpersonnels que je trouve impressionnants. Cette richesse est à mon sens rendue digeste par une écriture toujours remarquable esthétiquement. Il y a une beauté dans les formules, dans les constructions et le vocabulaire que j’apprécie particulièrement. Comme le précédent, c’est un roman fort, qui mérite d’être lu en étant raisonnablement disponible, mais ça mérite le voyage.