
Jérémie Piolat a un parcours de danseur, puis de chercheur en anthropologie. Les deux sont mobilisés ici, et de manière étonnamment puissante. Je vous le dis tout de suite : ce petit livre m’a mis quelques claques, bienvenues d’ailleurs. Le point de départ est conforme au titre : on brosse un portrait de la manière dont nous sommes héritièr-es d’un passé colonialiste et de la manière dont ça impacte notre regard, dont nous avons des réflexes racistes vis-à-vis des cultures colonisées. C’est important et posé de manière sensible, mais ce n’est qu’un point de départ. Ensuite, la question est de savoir comment et surtout pourquoi nous allons aussi facilement aller chercher et adopter des pratiques et références culturelles ailleurs, chez les colonisées. En les considérant à la fois comme authentiques (et par là précieuses et enviables) et tellement simples et basiques que nous nous sentons capables de les pratiquer immédiatement comme si ce n’était vraiment pas grand chose (les passages concernant les danses africaines, et les percussions, sont remarquables : Jérémie Piolat montre des comportements qu’on a vu mille fois tout en les faisant voir autrement et c’est un choc salvateur). Déjà, ça fait du boulot de fait en termes de déconstruction des rapports coloniaux et racistes. Mais ensuite, le sous-titre c’est : l’effet boomerang de sa violence et des ses destructions. Et l’auteur va venir interroger ce qu’on a perdu de cultures populaires en occident dans le grand mouvement de la colonisation et de la distinction culturelle par rapport aux colonisés. Et pointer avec acuité ce qui a été perdu de vie, de pratiques et de richesses. Notamment en termes de ressources sociales et collectives, et donc aussi d’identité. C’est puissant, tout en étant court et accessible, et comme je disais, ça m’a mis deux-trois claques au bon endroit (sur la question des méthodes et postures en alphabétisation, par exemple, c’est redoutable et salvateur). Si les questions de racisme et de colonialisme vous intéressent, et/ou celles des cultures populaires, c’est vraiment un bouquin à lire.