
Commencer son livre par deux citations en miroir, une de la Bible et une du Coran, les deux annonçant la fin du monde, ça pose à la fois une ambiance, un style et une intention. L’ambiance, c’est de ne pas se cacher les yeux sur la situation politique et sociale et sur le fait que c’est clairement pas gagné d’en sortir par le bon bout (mais que ce n’est certainement pas une raison pour ne pas y travailler activement). Le style, c’est de ne pas prendre de pincettes et d’aller aussi dans des endroits inconfortables et contradictoires : d’oser et d’assumer de se confronter à la complexité sociale et à ses zones d’ombre, et donc, pour reprendre sa formule, d’avoir le courage de se salir les mains (parce qu’à vouloir rester pur-es, on reste dans l’entre-soi). L’intention, c’est de comprendre ce qui oppose et sépare deux grandes catégories de classes populaires : Les petits blancs et les descendantes de l’immigration, maghrébine en particulier. Pour ça, elle fait un travail de vulgarisation de la construction de l’état racial et du pacte symbolique qu’il représente pour les classes populaires blanches. Honnêtement, cette partie à elle seule justifierait le bouquin à mes yeux : c’est une synthèse brillante (et raisonnablement accessible si vous êtes prêt-es à entendre parler de ça de manière directe et radicale). À partir de là, elle tire les fils de grandes lignes de stratégie pour réconcilier donc les beaufs et les barbares, avec tout ce que ça suppose de compromis et de deuils quant au fait que ça puisse se faire vite ou en restant pur-es. C’est un livre que j’ai trouvé très stimulant et intelligent, et en partie perturbant parce qu’il met face à des questions importantes et inconfortables Je vous le recommande sans hésiter si vous voulez réfléchir aux enjeux de racisme et de politique radicale.