
J’aime beaucoup Saul Alinsky. Il a construit des modalités d’action émancipatrice importantes, drôles et structurées. Ce qui fait qu’il a un vrai enjeu à le diffuser, le faire connaître et le transmettre, que ce soit dans des réseaux militants ou professionnels. Mais Alinsky a un inconvénient : il n’écrit pas de manière i enthousiasmante que ça. Enfin, il raconte très bien ses actions, mais il a tendance à se perdre dans des grandes formulations un peu floues dès qu’il s’agit de parler plus largement du pourquoi. Du coup, il y a un vrai intérêt à disposer d’écrits de présentation et de vulgarisation d’Alinsky, avant ou au lieu de le lire directement. Je vous avais parlé il y a pas si longtemps d’une interview longue qui faisait ce boulot. Ici, il s’agit d’un petit livre de Fakir/Ruffin. Et c’est vraiment très bien foutu. C’est même le bouquin que je vais systématiquement recommander pour découvrir Alinsky. Après une petit intro sympa et cadrante, la première grande partie est l’introduction à la première édition française d’Alinsky par Jean Gouriou. Et c’est un texte excellent qui raconte ce que c’est sur les terrain, en vrai, la méthode Alinsky, avec quelques éclairages sur la manière dont s’est pensé. En une quarantaine de pages, on en sort avec une idée très claire et très motivante. La seconde partie vient compléter en proposant des extraits de textes d’Alinsky. Extraits très courts et très bien choisis qui donnent à comprendre l’essentiel des modes d’action et des grandes idées d’Alinsky. Mieux qu’en lisant ses textes plus long, j’en suis persuadé. Et la conclusion est une petite interview d’un chercheur par Ruffin, qui permet d’avoir un peu de recul critique et de mettre en lien les pratiques d’Alinsky avec des stratégies de transformation sociale plus larges. Donc, en une centaine de petites pages, le contrat est plus que bien rempli : c’est vraiment accessible, c’est rythmé et souvent drôle et la méthode d’Alinsky est même remise en contexte plus largement et questionnée. Du vrai bon boulot de journalisme/vulgarisation sur un sujet que je connais pas mal : je conseille tout court, et c’est excellent comme point d’entrée et outil de transmission.