030719_Jemisin_Gods

Me voici donc au bout de ma lecture des œuvres de Jemisin, avec cette trilogie qui fut sa première publiée. C’est une trilogie finalement assez lâche, en termes de structure, avec trois tonnes à des époques assez espacées et des narratrices et narrateurs différents. Ce qui est assez riche en termes de variété de points de vue, mais pas forcément évidents en termes d’investissement et d’attachement-aux personnages. Il y a du commun, bien sur, en particulier au niveau des dieux et déesses. C’est d’ailleurs le sujet central : la famille des dieux et déesses de cet univers, leurs embrouilles et secrets de familles et leurs liens et impacts sur l’humanité. Une fois de plus, en termes de scénario, de révélations successives et de métaphores sur la famille, le pouvoir et les dominations, c’est très solide et bien pensé. De manière sans doute un peu moins fine que dans The broken earth, mais ça reste très au-dessus du lot. Le premier tome est raconté par un prisme très humain, et par l’étrangère au système plongée dans un microcosme de pouvoir autocratique consanguin particulièrement malsain. Ce qui fonctionne très bien pour découvrir un monde riche et original et pour dérouler un scénario très convaincant au fil des révélations. La narratrice étant de plus très attachante, c’est un tome qui a pour moi vraiment bien fonctionné et qui m’a donné très envie de la suite. 

Le second tome démarre assez loin en termes de suite (mais ça se accroche), avec une intrigue très politico-policière. Sous laquelle se cache finalement un fond très psychologique concernant les deux personnages principaux. Et on a envie de se plonger dedans vu les personnages en question. La narratrice en particulier est très chouette, et elle est également aveugle, ce qui introduit des questions mais aussi une manière de raconter très intéressantes. Je ne peux pas nommer le second protagoniste sans spoiler mais disons qu’il est en soi intéressant et en plus incontournable vu sa place dans l’ensemble du bordel. On y retrouve aussi les personnages du tome précédent, suffisamment pour raccrocher correctement mais assez peu pour que ce soit quand même un peu frustrant. L’ensemble, et la fin, sont assez nostalgiques.

Le troisième tome continue bien plus tard, et avec un nouveau narrateur, un dieu cette fois, le dieu de l’enfance. J’ai trouvé le changement de narrateur un peu difficile, parce qu’il est pour moi moins facile de s’y identifier et moins touchant. Mais drole et assez fascinant, oui. Par contre, j’ai vraiment trouvé qu’on passait trop de temps sur lui et ses problèmes, à tourner sur trop peu de personnages. Pour ensuite en réintroduire plein, en fait tous ceux qu’on attendait, mais sans avoir forcément assez de place pour en profiter pleinement. Ce qui amène à une conclusion satisfaisante en termes de logique mais trop rapide pour moi et avec certains personnages trop peu exploités. Donc, oui, globalement, je suis un peu déçu par le dernier tome. Mais je reconnais que vu l’ampleur du scénario et des thèmes, elle s’en sort tout de même très honnêtement. Et les deux tomes précédents sont vraiment bien, et la nouvelle ajoutée à la fin de l’édition que j’ai fait bien plaisir, donc je reste sur une impression globale tout à fait positive. Je pense juste que c’est à lire une fois le reste de Jemisin épuisé. Vous avez commencé, d’ailleurs ?