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Je continue donc ma lecture des oeuvres complètes de Jemisin, à l’envers chronologiquement. Et je confirme que c’est une bonne idée, à l’envers ou pas d’ailleurs. Nous sommes ici dans un contexte de fantasy, mais pas médiévale, clairement antique, avec de très forts échos égyptiens. Ils ne sont d’ailleurs pas cachés dans l’introduction et la postface de l’autrice, mais ils sont suffisamment digérés et intégrés avec une culture et une magie cohérente que ça ne fait pas du tout mauvaise copie ou voyage dans le temps maladroit. C’est une société et un monde cohérent, avec une impression de densité et de profondeur tout à fait satisfaisants. Dès le premier tome, par ailleurs. Je dirais même que j’avais plutôt oublié l’influence égyptienne et que je l’ai reconvoquée un peu volontairement pour me faciliter la mise en image de certaines tenues et de certains bâtiments. Bref. Dans ce monde une ville-état domine les autres, appuyée sur sa richesse (avec les crues annuelles du grand fleuve) mais surtout son temple et ses prêtres dont la magie est réelle et puissante. Et entièrement basée sur les rêves et la capacité à s’y projeter et à y opérer activement. Pour soigner, en particulier, mais aussi pour tuer. Enfin, dans la logique culturelle en question, il ne s’agit pas de tuer, mais de collecter l’essence et de garantir le repos éternel à l’âme. Quand la personne est corrompue en particulier, ou qu’on l’honore en fin de vie. Oui, on sent bien le décalage culturel, et il est bien amené, avec une exploration du sentiment religieux et de ses conséquences tout à fait efficace. Et on ajoute à ça,sans surprise pour du Jemisin : des personnages touchants et profonds, et une vrai scénario construit et solide. Et plein de moments émouvants et difficiles, parce qu’elle ne fait pas dans la facilité. Mais c’est bien. J’ajouterai que l’enchaînement des deux tomes est particulier : ce sont vraiment deux histoires différentes. Qui s’enchaînent, certes, mais c’est moins une suite qu’on pourrait croire. Chronologiquement, c’en est une. Mais le premier tome se clôt véritablement, et de manière vraiment bouclée. Le second reprend avec d’autres personnages centraux, et une seconde histoire, certes inscrite dans la conséquence directe de la première, mais à la tonalité et aux enjeux bien différents. Il m’a fallu un peu de temps pour la transition, mais au final, je pense que j’ai préféré le second tome, moins évident, moins attendu aussi dans le sujet et la manière de le traiter. Enfin, je dis le sujet… le sujet ce sont toujours les personnages et leur évolution, avec finesse, chez Jemisin. Ce qui parfois donne lieu à des résolutions de scénario surprenantes et osées mais je suis assez convaincu des priorités que se donne l’autrice. C’est une série qui me laisse une impression très agréable et un goût très particulier et spécifique, très exotique finalement. Assez onirique et doux, mais avec un nostalgie et une amertume (parce que oui, Jemisin ne s’épargne pas non plus ici la confrontation avec des sujets importants mais vraiment pas drôles). Non, je confirme, je continue en lisant bientôt la série que je n’ai pas encore lue, et ensuite j’attends ses prochains, je ne compte pas en rater.

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