Est-il possible de faire un film américain drôle, voire absurde, avec un casting énorme, plein de second degré, et malgré tout défendant les valeurs de la contre-culture ? En fait oui, et le voilà. Men who stare at goats est un fil étrange, a priori, puisqu’il s’agit d’une enquête, réalisée par Ewan McGregor en journaliste perdu dans sa propre vie, sur un programme secret du gouvernement américain visant à développer des super-soldats à pouvoirs psi (oui, des jedis, et les scènes où Ewan McGregor parle de Jedis en demandant ce que c’est exactement m’ont fait rire, en plus). Et son guide dans cette enquête sera Clooney, en jedi un peu barré et nostalgique de son époque de formation. Parce que la formation payée par l’armée, c’est Jeff Bridges en gourou baba-cool lancé à pleine vitesse. Donc, oui, c’est branque et très drôle. Mais. Mais ça se passe aussi aujourd’hui pendant les suites de la guerre du Golfe, alors que tout le programme a été supprimé. Et à force de flashbacks et des avancées du scénario, on voit de mieux en mieux comment on est passé des grands idéaux à la gestion intéressée et calculée. Et le tour de force du film est à mon sens-là : être drôle et rythmée, bizarre, mais avec une vraie poésie et un vrai message, une défense des valeurs humanistes et idéalistes de la contre-culture des années 70, et ce de manière fine et légère, sans lourdeur ou tendance moralisatrice. Et je ne m’attendais pas à ça a priori, ce qui a été une très bonne surprise.
Men who stare at goats, de Grant Heslov.
